Loin d’être une simple mise à jour, la nouvelle version du label ELTIF 2 assouplit le cadre de 2015, jugé trop contraignant. Principales nouveautés : plus de ticket d’entrée minimum pour les particuliers, des règles d’investissement plus souples et un élargissement des actifs éligibles. Son ambition : rendre les fonds labélisés beaucoup plus distribuables pour flécher massivement l’épargne vers l’économie réelle, les infrastructures et la transition énergétique.

ELTIF 2 : une ambition claire du régulateur

Un cadre européen unifié pour financer l’économie réelle…

ELTIF répond depuis sa genèse à une ambition macro-économique claire : flécher l’épargne dormante européenne de long terme vers l’économie réelle, en accompagnant le financement des PME/ETI, des infrastructures et de la transition. Créé en 2015, le label harmonise les règles de structuration et de distribution des fonds permettant ce financement. Avec ELTIF 2, cette harmonisation se renforce et offre aux fonds un véritable passeport européen. En France, il s’inscrit dans le sillage de la Loi Industrie Verte, qui y voit un vecteur opérationnel de financement.

…qui rencontre les intérêts des différentes catégories d’acteurs ?

Pour que la greffe prenne, chaque acteur de la chaîne de distribution doit y trouver son intérêt. Les sociétés de gestion bénéficient d’un accès élargi au retail et d’un label de confiance. Pour les assureurs, ELTIF 2 constitue une poche d’actifs long terme alignée avec les réglementations en assurance vie et retraite. Les distributeurs disposent, quant à eux, d’un produit différenciant, ancré dans l’économie réelle. Pour le client final, le nouveau label ouvre l’accès à des actifs historiquement réservés aux investisseurs institutionnels et à une clientèle patrimoniale, donnant du sens à l’épargne. Avec, en contrepartie, une liquidité limitée et une structure de frais propre aux actifs non cotés.

ELTIF 2 et distribution : entre promesses commerciales et frictions opérationnelles

Un levier stratégique de distribution

Le label ELTIF s’impose comme un levier stratégique de distribution plutôt que comme un simple format réglementaire.

  • Il facilite la structuration des fonds par les sociétés de gestion, assouplit la gestion de la liquidité, offre un cadre supervisé rassurant pour les équipes de sélection.
  • Il réunit dans un même récit le financement de l’économie réelle, l’investissement de long terme et les enjeux ESG. ELTIF 2 devient ainsi un instrument d’accessibilité, fluidifiant le dialogue entre sociétés de gestion, assureurs, banques et clients finaux. Il agit comme un pont entre des structures d’investissement historiquement réservées aux professionnels et une clientèle retail.
  • Côté distributeurs, il renforce le positionnement conseil et la rétention client grâce à une offre différenciante.

Contraintes opérationnelles et pilotage

Le label ELTIF agit donc comme un catalyseur du non coté. Néanmoins, il n’efface pas les contraintes propres à cette classe d’actifs.

Le référencement des fonds implique des fenêtres de souscription encadrées, des cut-offs stricts, une valorisation moins fréquente. Il requiert aussi un pilotage précis des encours, afin d’éviter une collecte trop rapide ou trop importante, qui pourrait diluer la performance, dégrader la qualité des investissements ou créer une tension sur la liquidité.

S’ajoutent à ces contraintes des coûts opérationnels élevés, liés à la formation des équipes commerciales et à la coordination interne.

ELTIF 2, une transformation à confirmer

Une transformation s’amorce sur le marché

Les projets ELTIF se multiplient dans les gammes, avec les premiers référencements en assurance-vie et en banque privée, notamment chez Covéa, Apicil/Generali ou Cardif.

Cette dynamique s’inscrit dans le prolongement de la Loi Industrie Verte, qui encourage le financement de l’économie réelle et de la transition. L’ELTIF offre un véhicule cohérent pour répondre à cette ambition. Le manque de recul ne permet cependant pas encore d’en mesurer pleinement les effets sur les allocations et les stratégies commerciales. Son intégration dans les approches ESG et Industrie Verte reste progressive et parfois encore peu lisible.

À ce stade, les dynamiques les plus concrètes se concentrent surtout sur l’infrastructure et la dette privée, portées notamment par Tikehau et Meridiam.

Le dispositif doit encore produire ses effets sur le financement de l’économie réelle

Malgré les avancées d’ELTIF 2, des freins persistent. La charge opérationnelle et les contraintes de risque renforcent les réticences internes, accompagnées par la peur d’une mauvaise vente et par des exigences de conformité élevées en matière de protection des clients et de parcours de distribution.

Enfin, les assouplissements introduits par ELTIF 2 – moins de barrières à l’entrée, davantage de flexibilité d’investissement et une distribution facilitée -, font peser un risque de dévoiement du label. Certaines stratégies pourraient ainsi s’éloigner de l’esprit initial de financement de l’économie réelle…  et traduire une utilisation plus opportuniste du label.

Conclusion

ELTIF 2 a posé un cadre solide, de nature à faciliter la commercialisation de produits d’investissement de long terme non coté. Il reste néanmoins prématuré de trancher la nature profonde du label : standard de marché, qui permet vraiment d’accélérer le financement de l’économie réelle, ou simple vitrine.

Seul un mouvement d’adoption large et durable permettra à ELTIF 2 de devenir un véritable standard de marché. S’il est utilisé de manière opportuniste plutôt que par conviction en vue de financer l’économie réelle, il constituera surtout un outil de communication, plus qu’un levier du financement de l’économie réelle à l’échelle européenne.