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IFRS 17 : après Solvabilité 2, faut-il repartir d’une feuille blanche ?

#IFRS 17 #Normes

Découvrez le compte rendu complet des débats de notre conférence du 7 juin 2018. Comment gérer la nouvelle maille de granularité propre à IFRS 17 ? Comment relever le défi organisationnel de l'implémentation de la norme ? Quels impacts en termes de communication financière ? Quelles perspectives attendues ? Cinq spécialistes ont répondu très concrètement à ces questions.

Le 18 mai 2017, L’international Accounting Standards Board (IASB) a publié la nouvelle norme IFRS 17 pour les contrats d’assurance. Son entrée en vigueur sera effective le 1er janvier 2021. L’exigence de comptes comparatifs retraités impose aux assureurs et réassureurs d’appliquer la norme dès le bilan d’ouverture au 1er janvier 2020.

Les modèles de valorisation d’IFRS 17 représentent une véritable révolution par rapport à ceux utilisés à ce jour dans le cadre d’IFRS 4, l’actuelle norme sur les contrats d’assurance, en vigueur jusqu’à son remplacement futur par IFRS 17. Les assureurs et réassureurs se trouvent donc face à un chantier qui s’avère extrêmement coûteux. Ces travaux à venir succèdent à l’entrée en vigueur de Solvabilité 2, qui a déjà fortement sollicité les équipes et les budgets.

Bien que la norme IFRS 17 introduise tout un pan de méthodologies nouvelles en matière de mesure de la performance, il existe un nette convergence entre les méthodes de valorisation de Solvabilité 2 et celles d’IFRS 17. Les assureurs et réassureurs vont donc tenter de tirer profit de ces similitudes pour diminuer le coût – financier autant qu’humain – de la mise en œuvre de la nouvelle norme comptable.

Quels moyens accorder à ce nouveau projet ? Où placer le curseur entre capitalisation sur l’existant et nouveaux développements ? En d’autres termes, après Solvabilité 2, faut-il repartir d’une feuille blanche ? La conférence-débat du 7 juin 2018 visait à échanger avec nos invités sur ces problématiques.

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Comment gérer la nouvelle maille de granularité propre à IFRS 17 ?

Cohortes, groupes de profitabilité : la granularité des données pose-t-elle des problèmes du point de vue data ?

Une majorité d’acteurs importants se sont déjà dotés de données très détaillées pour des besoins de pilotage actuariel ou, plus récemment, pour ceux du reporting Solvabilité 2. Pour eux, la granularité des données requise par IFRS 17 ne provoquera pas de révolution, mais une capitalisation sur un existant déjà solide. Ils souhaitent notamment se rapprocher autant que faire se peut de la maille de calcul de Solvabilité 2.

Les intervenants ont souligné leur volonté de s’approprier la norme de manière proactive, de sorte de l’utiliser plutôt que de la subir.

Ils souhaitent privilégier des solutions simples, peu coûteuses, en veillant à ne pas tomber dans un niveau de détail qui deviendrait contre-productif.

Dans quelle mesure les outils de modélisation construits pour Solvabilité 2 doivent-ils être adaptés à IFRS 17 ?

Les acteurs seront confrontés à une volumétrie des données en entrée des modèles bien plus importante qu’aujourd’hui. De plus, de nouvelles fonctionnalités de calcul de la CSM ou d’analyse de mouvement sont nécessaires. Une mise à niveau des systèmes d’information est donc indispensable.

Cette mise à niveau se fera prioritairement en augmentant la capacité de calcul des systèmes actuels ou, à défaut, si ces systèmes sont peu évolutifs, en les remplaçant par de nouveaux, développés en interne ou acquis sur le marché.

Parallèlement, les enjeux de gouvernance des données deviennent plus prégnants et nécessitent pour certains acteurs la mise en place de solutions renforcées.

Vers quel degré d’industrialisation des processus s’orienter ?

Les organismes d’assurance ont été poussés vers plus de productivité, de sécurité des processus et des données dès avant l’arrivée IFRS 17, notamment depuis l’entrée en vigueur de Solvabilité 2. La nouvelle norme joue davantage un rôle d’accélérateur du processus d’automatisation déjà lancé plutôt que d’initiateur d’un nouveau besoin d’industrialisation.

Le challenge principal évoqué par les intervenants réside dans la production d’information financière dans des délais beaucoup plus courts que dans le cadre de Solvabilité 2. L’automatisation – et notamment l’automatisation des travaux de réconciliation – est en ce sens un moyen d’accélérer les processus, tout en garantissant un bon niveau de sécurité.

IFRS 17 est également l’occasion de repenser la rationalisation de l’ensemble des process et des outils associés aux différentes normes (French GAAP, IFRS et Solvabilité 2) dans l’optique de les mutualiser au maximum et de garantir leur cohérence.

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Comment relever le défi organisationnel de l’implémentation de la norme ?

La nécessaire transversalité des compétences a-t-elle un impact sur l’organisation du projet ?

L’implémentation de Solvabilité 2 avait déjà rendu nécessaire un dialogue entre actuaires et comptables. IFRS 17 accroît le besoin de transversalité des équipes, qui doivent allier une grande maîtrise des notions actuarielles, une profonde aisance avec les techniques et notions comptables, ainsi qu’une connaissance aigüe des solutions en termes de données et de systèmes.

Plusieurs solutions sont mises en place ou envisagées par les intervenants pour faire face à ce défi managérial : formation des équipes, mise en place d’une direction dédiée à la production multinorme, gouvernance multiculturelle du projet, méthodes agiles.

Quelles que soient les solutions retenues, les intervenants ont unanimement souligné l’importance de la coopération entre les équipes actuarielles, financières, et des systèmes d’information : un seul et même profil ne peut cumuler toutes les compétences nécessaires sur un tel projet.

Quels sont les facteurs clés de succès du projet IFRS 17 ?

Outre l’essentielle pluridisciplinarité des équipes déjà évoquée, la réussite du projet IFRS 17 passe, pour nos intervenants, par plusieurs facteurs clés de succès :

• Une bonne compréhension des impacts de la norme : celle-ci se fera au travers d’études d’impacts détaillées. Il sera nécessaire de prendre le temps d’examiner des exemples numériques concrets, sur tableur, afin de maîtriser leur complexité.

• Un positionnement rapide sur les décisions structurantes, comme par exemple la classification des produits.

• Des moyens importants et une bonne organisation : la taille du projet demande une organisation rigoureuse dotées de ressources clés identifiées. Il est important de prendre la mesure du projet dès le départ, notamment pour éviter une pénurie de ressources en cours de route.

• La formation et la motivation des équipes : la formation des équipes risque de décourager les équipes si elle donne l’impression d’une complexité trop intense. Eviter cet écueil est possible, si la formation s’attache en priorité à dégager la philosophie générale d’IFRS 17 : c’est cette compréhension qui permet aux équipes d’inscrire chacune des méthodologies de la norme dans une logique cohérente et d’avoir à son égard un sentiment de maîtrise.

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Quels impacts en termes de communication financière?

Les leviers actuels de pilotage du résultat seront-ils encore pertinents sous IFRS 17 ? D’autres leviers ont-ils déjà été identifiés ?

IFRS 17, extrêmement mécanique, élimine un bon nombre des leviers de pilotage utilisés dans le cadre des normes actuelles. Les nouveaux leviers de pilotage seront vraisemblablement du ressort de la fonction actuarielle, ce qui nécessitera un rapprochement entre les fonctions pilotage, finances et risques.

Au-delà de ces impératifs de pilotage, il demeure que, pour les intervenants, la qualité de la communication financière réside avant tout dans la capacité à expliquer la création de valeur, sa cadence, ainsi qu’à délivrer voire surperformer les résultats annoncés.

Les indicateurs de performance devront-ils être adaptés ?

Parallèlement aux leviers de pilotage, les indicateurs de performance utilisés par la communication financière vont nécessairement évoluer. Il reste à savoir si les nouveaux indicateurs seront issus du compte de résultat, des mouvements d’Other Compréhensive Income ou de la variation de la CSM.

La teneur des messages véhiculés en communication financière dépendra de la tolérance ou de l’appétence des investisseurs et analystes vis-à-vis de la volatilité des indicateurs. A noter que les problématiques de volatilité semblent moins inquiéter les acteurs qu’au moment de la sortie de la norme, la CSM étant perçue comme un amortisseur.

Quelles sont les perspectives attendues?

Les produits d’assurance vont-ils évoluer sous l’effet d’IFRS 17 ?

Les intervenants anticipent un faible impact d’IFRS 17 sur l’offre de produits d’assurance. L’objectif reste de créer de la valeur avec une offre pertinente. L’optimisation de cette valeur au regard des normes comptables n’est pas une fin en soi, car les marchés avec une création de valeur rapide sont souvent très concurrentiels.

Certains acteurs du marché s’inquiètent du traitement des contrats onéreux dans IFRS 17, au motif qu’il risque d’obliger les assureurs à ne souscrire que des risques de premier ordre et de restreindre le business, tout en favorisant les organismes d’assurance non soumis aux normes IFRS. Toutefois, selon tous nos intervenants, il s’agira plus d’assumer les contrats déficitaires rendus apparents par la norme que de modifier l’offre de produits. Si la norme apporte une évolution sur ce point, elle pourrait consister en un assainissement sur des marchés devenus trop compétitifs, ce qui permettrait de réguler certains excès.

La norme IFRS 17 peut-elle également être vue comme une opportunité ?

Comme pour le traitement des contrats onéreux déjà évoqué, qui pourrait être vu – a contrario – comme une opportunité, la norme obligera à une réflexion sur la stratégie de tarification, permettra une meilleure compréhension en matière d’analyse de marge et de pilotage ainsi qu’une meilleure qualité des données. Solvabilité 2 avait introduit une gouvernance des risques, IFRS 17 va introduire une gouvernance saine sur les tarifs.

La nouvelle norme est également l’occasion de repenser l’automatisation, de redessiner une vision de long terme tant sur les aspects organisationnels que sur les aspects techniques sous-jacents.

Elle rendra également possibles des progrès dans la gestion de projet et des méthodes de travail collaboratives et fera monter en compétences les équipes, principalement en termes de transversalité des connaissances.

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Présentation des intervenants

Stéphanie Pelletier, Directrice Process et Transformation Finance chez Allianz

Stéphanie Pelletier a travaillé pendant plus de six ans en tant que consultante au sein du département Actuariat d’EY. Actuaire avec une appétence comptable, elle a rejoint le groupe Allianz il y a 15 ans endossant plusieurs fonctions au sein du département Finance, notamment celle de Life Deputy Chief Actuary pendant cinq ans. Elle est aujourd’hui Directrice Process et Transformation Finance en charge de plusieurs programmes transverses dont IFRS 17. Stéphanie Pelletier s’investit par ailleurs au sein de l’Institut des Actuaires en tant qu’administratrice et dans le développement du réseau mixte Actu’elles.

Lionel Aldebert, Responsable du Département modélisation chez Natixis Assurances

Diplômé de Centrale Lille, Lionel Aldebert a travaillé 5 ans au sein du groupe Axa à l’implémentation et la maintenance de modèles Asset and Liability Management Epargne. Il a rejoint la Direction des Risques de Natixis Assurances il y a huit ans prenant la responsabilité du projet Modèle Solvabilité 2, de son industrialisation et enfin plus récemment du chantier Modélisation du programme IFRS 17.

Pierre Corrégé, Directeur en charge du Provisionnement et de la Valeur chez Generali

Actuaire, Pierre Corrégé a alterné plusieurs passages en cabinets de conseil en actuariat et modélisation. Il a également travaillé au sein de la fonction Actuariat Produit du Groupe Prévoir et endossé le rôle de Directeur de l’Actuariat chez MACIF pendant six ans, avant de prendre la tête des fonctions Finance et Audit Interne Actuariel chez Aviva pendant cinq ans. Il est aujourd’hui, depuis trois ans, Directeur en charge du Provisionnement et de la Valeur chez Generali.

Vincent Régnier, Directeur comptable Groupe chez AG2R La Mondiale

Titulaire d’un Master en économétrie, du Diplôme Supérieur de Comptabilité Générale et membre des Instituts des Actuaires français et britannique, Vincent Régnier a débuté sa carrière chez Axa à des postes actuariels en France et en Australie. Il a également travaillé chez Deloitte et EY, notamment à Londres lors de la mise en place de Solvabilité 2. Il a ensuite endossé le rôle de Directeur Technique, Financier et Risques de MutRé, avant de rejoindre AG2R La Mondiale comme Directeur Comptable Groupe, il y a deux ans.

Anne Bonjour, Consultante experte IFRS 17 chez SeaBird

Diplômé de l’ESSEC et actuaire mémorialiste, Anne Bonjour a débuté sa carrière dans l’audit financier de compagnies d’assurance avant de devenir Responsable Comptabilité Consolidation et Reporting d’une mutuelle du groupe Crédit Agricole. Elle a ensuite intégré les départements normes de PWC et KPMG en tant que spécialiste IFRS 17. Elle a rejoint le cabinet SeaBird il y a bientôt un an et assiste actuellement Natixis Assurances sur le projet IFRS 17.

Les débats étaient animés par François Maillard, Associé du cabinet SeaBird

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05 Juil. 2018

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