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Les assureurs et le Covid-19 : mesures et premiers enjeux

#Assurance

Acteurs majeurs de l’économie, les assureurs contribuent pleinement aux réponses apportées à la crise sévère qu’entraîne la pandémie actuelle de Covid-19 et les mesures de confinement décidées pour lutter contre la maladie. Au travers de la couverture des risques des particuliers et des entreprises, aussi bien que de l’épargne qu’ils collectent et investissent, les assureurs actionnent des leviers qui permettent de soutenir les acteurs économiques à court terme et de favoriser la reprise de l’activité à moyen terme.
Quels sont ces leviers ? Quels impacts les mesures annoncées, mais aussi la dégradation de la conjoncture économique, pourront-elles avoir sur l’évolution du secteur ? Ce contexte va-t-il bouleverser les modèles économiques et la performance des sociétés d’assurance ?

1. Des mesures sociales d’urgence pour atténuer le choc immédiat

Dans leur rôle de couverture des risques, à la fois sur le terrain social et économique, les assureurs ont pris collectivement et individuellement une série de mesures d’urgence. Il s’agit d’atténuer le choc lié à la pandémie et au confinement qui a démarré le 17 mars et conduit à un arrêt brutal de pans entiers de l’économie. Ces mesures de soutien aux personnes et aux acteurs économiques les plus vulnérables s’ajoutent à celles engagées par le gouvernement pour faire face à un double choc inédit d’offre et de demande.

Ces mesures d’urgence comportent un volet social, pour un soutien immédiat aux malades et aux personnes vulnérables. Pour mémoire, les assureurs redistribuent en temps normal l’équivalent d’un cinquième des prestations sociales en France, au titre de l’assurance de personnes.

Mesures en faveur des assurés confrontés au COVID 19 et des populations vulnérables

Personnes atteintes par le COVID19

Face à l’épidémie de COVID19, les assureurs ont multiplié les initiatives de soutien aux personnes confrontées à la maladie. Outre les levées de franchises et les réductions de primes, beaucoup d’entre eux ont mis en place des garanties et services spécifiques. Par exemple, Generali propose aux entreprises un soutien complet (psychologique, financier, familial, médical et opérationnel) pour leurs salariés touchés par le COVID19. Autre exemple, Malakoff Humanis a mis en place des services de suivi médical à distance des patients porteurs ou potentiellement infectés, et de mise en relation entre patients et professionnels de santé. On note également que tous les assureurs se sont donné les moyens de faire face à l’augmentation exponentielle des recours à leurs services de télémédecine.

Personnel soignant

De même, c’est par le biais des couvertures d’assurance que les assureurs ont manifesté en premier lieu leur soutien au personnel soignant. Ils ont quasi unanimement adapté les garanties professionnelles à la situation pandémique : les couvertures en responsabilité civile professionnelles ont été étendues à la téléconsultation et ont été apportées gratuitement aux médecins retraités fournissant ponctuellement leur aide, comme dans le cas de MACSF. Ces adaptations se sont bien souvent accompagnées de réductions de cotisation, extensions gratuites d’autres garanties dont notamment l’indemnisation en cas d’arrêt de travail pour maladie.

Cohésion sociale

Les assureurs ont également lancé des initiatives favorisant la nécessaire proximité et cohésion sociale en période de « distanciation sociale ». Ainsi, la MAIF a activé un dispositif d’entraide via la plateforme ShareEntraide, Malakoff Humanis a lancé une campagne d’appels téléphoniques à destination de tous ses assurés en santé, tandis que COVEA a mis en place des congés de solidarité : pour chaque jour posé par les collaborateurs, le groupe mutualiste contribue à hauteur de 10 euros dans des actions de soutien aux personnel soignant et aux populations vulnérables.

Dons aux associations

Enfin, les assureurs ont tous contribué, pour des sommes qui se chiffrent en millions d’euros, au soutien des populations vulnérables encore fragilisées par la situation de pandémie, au travers de dotations exceptionnelles aux fondations et ONG qui soutiennent les personnes en situation de précarité ou de handicap, les femmes victimes de violences conjugales, etc. A cet égard, l’initiative de la MAIF se distingue, puisque ce sont les assurés eux-mêmes qui décident – ou non – de verser à des associations la ristourne de cotisation qui leur a été octroyée par la Mutuelle.

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Second volet des mesures d’urgence : des actions en faveur des entreprises les plus fragiles. Conjointement à l’action de l’Etat, les assureurs, comme les banques en matière de crédit, contribuent à l’effort de soutien à la demande via des reports de charges pour alléger les contraintes financières à court terme et soutenir l’activité économique.

Un soutien ciblé en faveur des activités vulnérables : indépendants, Très Petites Entreprise (TPE)

Plusieurs mesures ont été coordonnées sous l’égide de la FFA. Agissant en tant que bailleurs, les assureurs ont décidé de reporter l’encaissement des loyers pour les TPE et PME dont les activités sont interrompues en application de l’arrêté du 15 mars. De plus, ils ne tiendront pas compte des éventuels retards de paiements des primes pour prolonger les garanties des contrats pendant le confinement.  Enfin, les membres de la FFA contribuent, à hauteur de 400 M€, au fonds de solidarité mis en place par le gouvernement pour aider ces acteurs.

Le soutien des assureurs passe également par leur couverture en matière de prévoyance. Une demande importante des garanties maintien de salaire a été faite par les indépendants, qui sont traditionnellement peu ou pas couverts en prévoyance. Plusieurs assureurs, comme par exemple Axa ou Swisslife, ont supprimé le délai de carence pour les nouveaux indépendants assurés en garantie maintien de salaire.

C’est en prévoyance collective que l’impact de l’épidémie se fait le plus sentir, les employeurs étant quasi unanimement confrontés au chômage partiel ou aux arrêts de travail dérogatoires accordés à titre préventif aux personnes fragiles telles que celles souffrant d’une affection de longue durée ou les femmes enceintes. A cet égard, les assureurs ont annoncé, par la voix de la FFA, qu’ils prendraient en charge pendant 21 jours les arrêts de travail dérogatoires.

Des assureurs ont également étendu certaines couvertures, pour soulager les employeurs en cas de chômage partiel. C’est notamment le cas de ProBTP, qui maintient gratuitement les garanties santé et prévoyance des salariés qui se trouvent dans cette situation.

Des aides complémentaires spécifiques visent le secteur sinistré des HCR : les assureurs prévoyance et santé de la branche (Malakoff Humanis, Audiens, Klésia et l’Ocirp) ont décidé d’exonérer de cotisations les acteurs de ce secteur, pour le deuxième trimestre de 2020.

Au-delà des mesures d’urgence, les assureurs ont également engagé des actions à plus long terme. Il ne s’agit plus seulement d’aider les acteurs fragilisés par la crise à passer le cap, mais plutôt de créer de meilleures conditions à la reprise.

2. Des   mesures de soutien à l’activité économique pour encourager la reprise

Avec 2400 milliards d’euros de capitaux investis, les assureurs ont aussi un rôle à jouer pour soutenir l’offre, en contribuant au financement de l’économie, singulièrement des ETI et des PME. Ils constituent ainsi naturellement l’un des relais de l’Etat pour orienter l’épargne. Ils facilitent aussi l’activité dans leur rôle d’assurance, par le jeu des garanties souscrites par les acteurs économiques, en particulier via l’assurance-crédit.

Assurance-crédit

Le dispositif exceptionnel de complément d’assurance-crédit public utilisé pour la première fois en 2008 a été réactivé, afin de permettre aux entreprises françaises de maintenir leurs échanges commerciaux. Les assureurs crédit se chargeront de la commercialisation de ces offres complémentaires.

Un plan d’investissement à destination des ETI et PME, notamment dans le secteur de la santé

Dans son adresse aux Français du 13 avril, le Président de la République a rappelé la nécessité de « préparer l’après ». Il a notamment évoqué le besoin de « rebâtir notre économie », au travers d’un « plan massif pour notre santé, notre recherche, nos aînés, entre autres ».

En écho à ce message, la FFA a fait part, le 15 avril, de la décision des assureurs de « mettre en place un programme d’investissements global d’au moins 1,5 milliard d’euros, majoritairement en fonds propres, en particulier en faveur des ETI et des PME et du secteur de la santé ».

Ce plan d’investissement pourrait être mis en œuvre en partenariat avec la Caisse des Dépôts, via des fonds Novo, Nova et Novi.

Les fonds NOVA, NOVO et NOVI ont été créés entre 2012 et 2015 pour soutenir l’économie réelle en finançant des PME et ETI.
De leur création aux dernières levées de fonds en 2018, la capitalisation de ces fonds s’est élevée à 2 milliards d’euros. Ils se divisent en 3 catégories de produits : NOVA (fonds d’actions cotées initialement valorisés à 160 millions d’euros), NOVO (véhicules de dette valorisés environ à 1.5 milliard) ainsi que les fonds NOVI (fonds à stratégies mixtes valorisés à hauteur de 300 millions d’euros).

Des mesures volontaristes de soutien aux professionnels

Tandis que le débat est vif autour de la couverture des pertes d’exploitation en l’absence de garantie souscrite pour le risque pandémie, des assureurs ont pris des initiatives volontaristes pour soutenir leurs clients professionnels et contribuer à la future relance de l’économie. C’est en particulier le cas des assurances du Crédit Mutuel et du CIC qui vont distribuer une « prime de relance forfaitaire » à leurs clients professionnels assurés sur les pertes d’exploitation même si les garanties n’étaient pas applicables au contexte unique que nous connaissons. Cet engagement est estimé à 200 millions d’euros, financés essentiellement sur les fonds propres et les résultats. Il représente un versement de 7.000 euros en moyenne par assuré (artisans, commerçants, restaurateurs…).

3. Un équilibre délicat à trouver

Engagés dans le soutien aux publics fragiles et à l’économie en renfort de l’action de l’Etat, les assureurs en font-ils assez ? Le secteur a annoncé une aide globale de plus de 3,2 milliards d’euros, incluant un plan d’investissement de 1,5 milliard et des mesures extracontractuelles et solidaires chiffrées par la FFA à 1,75 milliard, dont 400 millions sous forme de contribution au fonds de solidarité). Pourtant, il reste surveillé de près par le gouvernement. Avec son aval, les députés ont inséré dans la loi de Finance rectificative des amendements prévoyant un rapport de suivi, qui fera le bilan en août des actions de soutien à l’économie des assureurs.

Le secteur est face à une situation inédite qui remet en question les grands équilibres traditionnels. Les assureurs doivent trouver un équilibre entre soutien à l’économie et préservation de leur solidité financière, elle-même garante de leur capacité à assumer les garanties souscrites dans l’avenir. C’est d’ailleurs le message qu’a fait passer l’ACPR (Autorité de contrôle prudentiel et de résolution) mardi 21 avril. « Les moyens financiers dont les assureurs disposent pour tenir l’ensemble des engagements qu’ils ont pris vis-à-vis de leurs assurés, et contribuer ainsi à amortir le choc économique provoqué par la pandémie ne peuvent pas, sauf à les mettre en risque, être utilisés pour couvrir des événements qui sont explicitement exclus de leurs contrats », souligne le régulateur.

En première analyse, le choc actuel pose plusieurs questions de fond aux assureurs.

Des enjeux d’offre, d’adaptation des produits

Première conséquence, Bercy et les assureurs ont lancé un groupe de travail pour réfléchir à un mécanisme d’assurance d’événements sanitaires majeurs, tels que le coronavirus. Ces travaux n’éteignent pas le débat sur le caractère assurable d’une pandémie, mais doivent poser concrètement les bases d’un régime qui pourrait s’inspirer de celui, alliant public et privé, des catastrophes naturelles. Les participants devront répondre à des questions épineuses : quel type d’événement entraînerait le déclenchement du dispositif ? quels préjudices seraient indemnisés et avec quelle profondeur ? quelles entreprises seraient concernées ? Et enfin, quel financement pour en assurer la solvabilité ? Les premières pistes sont attendues début juin.

” Avec l’ambition de mieux protéger encore les assurés, tout en garantissant la solidité de ses entreprises, le secteur de l’assurance se doit de trouver des solutions pour faire face à une situation que personne au monde ne pouvait imaginer il y a encore 6 mois “, a déclaré Florence Lustman, Présidente de la FFA.

En matière d’épargne, le choc est moins grand mais les acteurs de l’assurance vie devront a minima faire preuve de pédagogie pour rassurer les épargnants et proposer des produits innovants et attractifs. Les enjeux de diversification des supports dans le contexte de taux bas restent plus que jamais d’actualité. La volatilité des marchés rend l’exercice encore plus délicat.

Des enjeux de solvabilité et de rentabilité technique

Les actions engagées ou promises par les assureurs pour soutenir l’économie, notamment par le biais d’un plan d’investissement – en fonds propres essentiellement – à destination de PME de secteurs prioritaires comme la santé, vont peser sur leurs ratios de solvabilité.  Et ce alors même que la situation de taux d’intérêt a déjà conduit plusieurs acteurs du secteur à renforcer leurs fonds propres au cours du second semestre de 2019.

Faut-il envisager un aménagement temporaire de certaines règles de solvabilité pour favoriser l’investissement dans l’économie réelle ? Y aura-t-il des critères remis sur la table des discussions, à l’instar du critère de volatilité pour la PDD (provision pour dépréciation durable) pendant la crise des subprimes ?

Quel arbitrage sera fait dans l’allocation des fonds disponibles entre soutien à l’économie pour mesures d’urgence, et soutien à son propre business model pour maintenir un niveau de fond propres réglementaire, ou provisionner en vue d’une augmentation de la sinistralité ?

Car c’est l’autre contrainte technique que doivent prendre en compte les assureurs : l’évolution de la sinistralité. Les mesures qui sont prises aujourd’hui (telles que les reports ou annulation de cotisations ou extensions de garanties) auront un impact sur leurs résultats à venir et sur leurs business models. Le coup d’arrêt donné à l’économie par les mesures de confinement fait craindre une augmentation des sinistres – notamment en prévoyance et en santé – dans les mois à venir, voire une perte de chiffre d’affaires en lien avec la contraction brutale de l’économie. En matière d’épargne, les épargnants pourraient différer leurs investissements, pesant sur cette branche d’activité.

Comment vont évoluer les ratios de sinistralité et les ratios combinés, avec quelles conséquences sur les politiques tarifaires ou même sur la définition des garanties ? Comment ajuster la politique de provisionnement dans un environnement aussi incertain ? Les assureurs marchent sur un fil.

Un enjeu financier enfin

Avec un volume de capitaux investis équivalent au PIB de la France, les assureurs sont un acteur majeur du financement de l’économie. Mais ils doivent aussi doser leur prise de risque puisque ces fonds sont également les prestations de demain des assurés. L’évolution des marchés financiers sera déterminante pour faciliter le soutien à l’économie. Les banques centrales l’ont bien compris et ont mis en œuvre des actions pour soutenir la liquidité et stabiliser les marchés.

Dans ce contexte de crise et d’incertitude, les assureurs vont devoir recourir plus que jamais à leur capacité d’anticipation et de gestion de l’aléa. Beaucoup est à inventer, entre prudence et audace.

Rédaction supervisée par Anne Bonjour, Mathilde des Courtis et Nicolas Desport

22 Avr. 2020

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