Cet article s’appuie sur les échanges de la Rencontre organisée par SeaBird et son Lab.Transition, le 5 février 2026, sur le thème « Transition durable : comment le secteur financier peut soutenir les PME/ETI ? ». Le panel a réuni des acteurs de l’investissement et des PME*.

ESG : un poste dédié, une fausse bonne idée pour la plupart des PME

Créer une fonction RSE ou ESG à temps plein reste, pour l’immense majorité des PME et ETI, hors de portée. Les ressources humaines et financières manquent, et le sujet, par nature transversal, se prête mal à un traitement en silo, confié à une seule personne isolée du reste de l’organisation. Les acteurs de l’investissement qui ont analysé la maturité ESG de leurs portefeuilles le confirment : exiger un poste dédié comme prérequis reviendrait à fermer la porte à la quasi-totalité des PME avant même d’avoir commencé la conversation.

Il ne s’agit pas de savoir si l’entreprise peut financer un expert RSE, mais si elle a clairement désigné qui, dans l’organisation, porte la responsabilité du sujet et a les moyens pour le faire avancer. C’est cette attribution claire de la responsabilité qui distingue les démarches qui produisent des résultats.

L’attribution de la responsabilité, marqueur de maturité

Lors de notre rencontre du 5 février, les échanges ont fait ressortir un constat très net : il existe une différence marquée entre les entreprises qui ont nommé un responsable clairement identifié sur le sujet, même sans création de poste, et celles qui ne l’ont pas fait. Dans les premières, on retrouve presque systématiquement les démarches les plus solides et les plus pérennes.

Mais attribuer une responsabilité ne suffit pas à elle seule. Ce qui compte avant tout, c’est qu’une équipe transverse se constitue autour du sujet, avec en son sein des personnes capables de porter des décisions et de les faire appliquer. Le référent ESG, lorsqu’il existe, n’a de valeur que s’il dispose d’un relais réel dans les directions décisionnaires de la stratégie et des budgets.

C’est cette logique qui permet de distinguer trois modèles de gouvernance et dessine une trajectoire de maturité.

Gouvernance ESG : trois modèles, trois niveaux de maturité

Le référent unique : point d’entrée pour une PME qui démarre sa démarche. Une personne, souvent le dirigeant lui-même, parfois un collaborateur volontaire, porte le sujet, sensibilise les équipes, structure les premiers indicateurs. Ce modèle initie l’action mais se heurte à une limite. Tant que le sujet reste l’affaire d’une seule personne, il ne se diffuse pas dans la culture de l’entreprise et reste vulnérable au départ de cette personne ou à un changement de priorités.

La casquette transverse. À mesure que le sujet gagne en maturité, la responsabilité commence à se répercuter sur différentes fonctions existantes : achats, RH, production, sans pour autant nécessiter une fonction dédiée. C’est un changement de logique de fond : l’ESG s’intègre dans les décisions de chaque fonction concernée. Cette organisation correspond à des entreprises dans lesquelles la durabilité a gagné les différents pans du business modèle.

Le triptyque ESG / Risques / Finance. C’est le modèle le plus robuste et une cible pour toute PME qui souhaite construire une démarche pérenne. Il consiste à associer dans un même comité un référent RSE, qui porte l’ambition et met les sujets en mouvement, la direction des risques, qui agit en garde-fou contre les engagements intenables dans le temps, et la direction financière, qui tient le budget, traduit les ambitions en indicateurs exploitables et prend en charge le reporting.

L’intérêt de ce triptyque n’est pas seulement organisationnel. Il permet aussi la confrontation des trois points de vue, ce qui évite les deux travers classiques de la démarche ESG en entreprise. D’un côté, l’emballement déconnecté du réel : les ambitions affichées ne tiennent pas la route sur le plan de la matérialité. De l’autre, la production d’indicateurs qui n’ont de sens pour personne, produits pour cocher une case réglementaire plutôt que pour piloter une trajectoire.

Le point de bascule : associer la finance dès le départ

L’expérience de terrain est sans appel : associer la direction financière dès la conception de la démarche, et non en bout de chaîne pour produire un reporting après coup, change la donne. Cela permet de définir d’entrée des indicateurs qui ont du sens pour les équipes opérationnelles. Parce qu’elles ont été consultées et que l’on a tenu compte de leurs contraintes, plutôt que de leur imposer une grille d’indicateurs hors sol. Cela confère, mécaniquement, davantage de poids à la démarche dans les arbitrages de l’entreprise : un sujet porté avec la direction financière n’est plus « l’extra-financier », il devient un paramètre de gestion à part entière.

Ce changement de vocabulaire n’est pas anodin. Tant que la durabilité reste qualifiée d' »extra-financière », elle reste implicitement secondaire dans la hiérarchie des priorités de l’entreprise. Or, dans le monde de l’investissement, le lien entre démarche de durabilité et création de valeur ne fait plus débat. Seules les méthodes de mesure de cet impact sur la valorisation restent encore en discussion.

Trois recommandations pour structurer une gouvernance ESG

Pour un dirigeant de PME qui se lance, trois principes simples permettent d’éviter les écueils les plus fréquents.

  1. Nommer, même sans recruter. Désigner une personne responsable du sujet avant de penser à un poste dédié. C’est l’attribution claire qui compte, pas l’intitulé du poste.
  2. Associer la finance le plus tôt possible. Même de façon informelle, intégrer un regard financier dès les premiers indicateurs évite de devoir tout reconstruire au moment où un investisseur ou un partenaire bancaire demandera des comptes.
  3. Construire une trajectoire. Le triptyque ne se met pas en place en un jour. Il se construit en passant par les deux premiers modèles, à condition de garder en tête que l’objectif final est bien la transversalité structurée et d’éviter un nouveau silo de plus dans l’organisation.

A télécharger, notre guide :

Couverture guide Finance durable : place aux travaux pratiques

Finance durable : place aux travaux pratiques

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Rappel des intervenants de la rencontre du 5 février 2026 :

  • Lionel Fournier, Directeur Impact et Santé Durable Harmonie Mutuelle
  • Lucas Scherrer, Responsable ESG BNP Paribas Développement
  • Anthony Métayer, Délégué général CPME Paris
  • Laure Mazzoleni-Robin, Vice-présidente Fondation E5T
  • Emmanuel Vitrai, fondateur de Cycl’Emouv

Animée par Marie-Gabrielle de Gaudemaris, Manager Offre Transformation Durable chez SeaBird.