MiFID II : un cadre structurant, mais perfectible

Entrée en vigueur en 2018, MiFID II visait à renforcer la transparence et l’encadrement des marchés financiers européens. La directive a notamment renforcé les obligations de reporting, les règles de meilleure exécution et la transparence des transactions.

Cependant, la multiplication des plateformes de négociation a entraîné une forte fragmentation des données de marché, rendant l’accès à une vision globale des marchés plus complexe et coûteux pour les acteurs financiers. Cette situation a également renforcé le poids des grands fournisseurs de market data, principalement américains, soulevant un enjeu stratégique de dépendance pour l’Europe.

MiFID III : des évolutions ciblées pour renforcer l’efficacité des marchés

La réforme introduit plusieurs ajustements visant à améliorer l’accès à l’information de marché et à renforcer la qualité des mécanismes d’exécution.

La mesure centrale est la création d’un “Consolidated Tape” européen, qui centralisera les données de transaction issues des différentes plateformes. L’objectif est de fournir une vision unifiée des prix et des volumes échangés, afin de réduire la fragmentation actuelle des marchés européens.

Derrière cette avancée se trouvent également des enjeux économiques importants. La donnée de marché constitue aujourd’hui une source de revenus clé pour les plateformes de négociation et les fournisseurs spécialisés. La réforme soulève donc la question du partage de la valeur et du contrôle de ces infrastructures stratégiques.

Concurrence internationale

Elle s’inscrit aussi dans un contexte de concurrence internationale. Les marchés américains disposent déjà d’infrastructures consolidées plus matures et plus lisibles pour les investisseurs. L’Europe cherche ainsi à combler un retard structurel tout en renforçant sa souveraineté financière et technologique.

Autre évolution majeure, l’encadrement du Payment for Order Flow (PFOF), une pratique par laquelle un courtier est rémunéré pour orienter les ordres de ses clients vers une plateforme spécifique. La réforme prévoit son interdiction progressive dans l’Union européenne afin de limiter les potentiels conflits d’intérêts.

Enfin, le régime de transparence des marchés est renforcé, avec des règles ajustées pour améliorer la diffusion des données de négociation et rendre les marchés plus lisibles pour les investisseurs.

Un calendrier de mise en œuvre progressif

La révision du cadre MiFID II / MiFIR a été adoptée par les institutions européennes en 2024. Après une phase de préparation réglementaire en 2025, plusieurs obligations sont progressivement mises en œuvre par les acteurs de marché. L’entrée en vigueur complète du dispositif est attendue en juin 2026, avec notamment l’interdiction du paiement pour acheminement des ordres et le déploiement des systèmes consolidés de publication pour les actions, les ETF et certains produits dérivés.

Pour les institutions financières, l’enjeu consiste donc à finaliser rapidement les chantiers d’adaptation au nouveau dispositif.

Des chantiers opérationnels structurants pour les institutions financières

MiFID III a ouvert plusieurs chantiers concrets pour les acteurs du secteur.

Infrastructures

Le premier concerne les infrastructures de données de marché. La mise en place du système consolidé de publication va modifier la manière dont les institutions collectent et exploitent les données de trading. Dans de nombreux établissements, les architectures market data se sont construites progressivement, avec des systèmes parfois complexes et peu harmonisés. L’intégration de nouveaux flux consolidés nécessitera donc des adaptations des référentiels, des contrôles et des outils de gouvernance des données.

Modèles d’exécution des ordres

Le deuxième chantier porte sur les modèles d’exécution des ordres. L’interdiction du PFOF obligera certaines plateformes de courtage en ligne à revoir leur modèle économique, mais aussi leurs politiques de meilleure exécution et leur communication vis-à-vis des clients. Dans la pratique, ces acteurs devront soit réintroduire des commissions visibles pour les clients, soit optimiser autrement leurs revenus (services additionnels, abonnements, gestion des flux). Les institutions devront également renforcer la transparence des conditions d’exécution.

Gouvernance des données

Un troisième enjeu concerne la qualité et la gouvernance des données. Les régulateurs attendent une amélioration de la fiabilité des données de marché et des déclarations transmises aux autorités. Or, de nombreuses institutions utilisent encore des traitements partiellement manuels et des chaînes de contrôle fragmentées. Cela impliquera un renforcement des contrôles internes et une meilleure structuration des processus de data management.

Enfin, la réforme relance la question de la souveraineté technologique européenne. Beaucoup d’acteurs financiers restent dépendants de fournisseurs internationaux pour la diffusion et l’exploitation des données de marché. MiFID III pourrait accélérer la recherche d’alternatives européennes, même si ces transitions resteront longues et coûteuses.

Conclusion

MiFID III constitue une nouvelle étape de la régulation des marchés financiers européens. Cette réforme vise à renforcer la transparence, réduire les conflits d’intérêts et améliorer l’accès aux données de transaction.

Pour les institutions financières, elle implique des adaptations importantes des infrastructures de données, des modèles d’exécution et des obligations de reporting.

MiFID III représente ainsi à la fois un défi réglementaire et une opportunité stratégique pour les acteurs capables d’anticiper ces évolutions.