Cette conférence a réuni Hélène N’diaye (Maif), Arthur Chabrol (Aviva), Ghislain Périssé (Schroders). Retrouvez leurs profils en fin d’article. Les débats étaient animés par Charles Darmon, Actuaire manager (SeaBird), après une introduction de Pierre Thérond, Actuaire, directeur associé (SeaBird). 

Partie 1– Une offre qui doit s’adapter

Dans un contexte réglementaire et financier très exigeant, l’offre d’épargne des assureurs est en train de s’adapter, aussi bien s’agissant des produits d’assurance vie qu’en matière d’épargne retraite. 

Le long terme est un horizon tout relatif : 8 à 10 ans pour l’assurance vie, 5 ans pour le régulateur mais 20 ou 30 ans pour l’épargne retraite. Cette notion de durée est évolutive et le marketing des assureurs, leurs choix de produits, leur positionnement aura un fort rôle à jouer dans l’allongement des horizons d’investissement.

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Assurance-vie : le fonds en euros 

Le contexte actuel de faiblesse des taux d’intérêt et de contraintes de solvabilité remet en question la place traditionnelle des fonds euros dans les portefeuilles d’assurance vie. Pourtant, selon nos intervenants, le fonds en euros n’est pas mort. Ce qui l’est, c’est l’association capital garanti et rendement élevéMais les fonds euros conservent une caractéristique essentielle dans l’assurance : la mutualisation. « Ce n’est pas un placement financier pur, mais un produit d’assurance, fondé sur la mutualisation des risques », défend Hélène N’diayepour qui le fonds en euros a encore de l’avenir, pour peu que les assureurs parviennent à le réinventer, comme certains ont commencé à le faire avec des mécanismes de tontine ou de PB différée. 

Retraite : un an après la Loi Pacte 

Le nouveau PER (Plan d’épargne retraite) instauré par la loi Pacte a connu un bon démarrage. En un an, une trentaine d’entreprises d’assurance ont lancé une offre, pour un total de 2 ,7 milliards d’euros de provisions mathématiques à fin août, dont 600 millions provenant d’arbitrages. Sur les 2,1 milliards d’euros d’affaires nouvelles, 1,5 milliard concernent le PER individuel. « Le bilan est bon, essentiellement grâce au dynamisme du marché de la retraite individuelle, souligne Arthur Chabrol. La crise sanitaire a pesé sur le marché du collectif. » Et d’ajouter qu’un important travail de pédagogie sur ces produits de long terme et sur le financement de la retraite est à faire. Les produits Pacte sont encore mal connus. 

Comment évolue le devoir de conseil ? 

Le devoir de conseil est un sujet majeur pour les assureurs aujourd’hui. Et la tâche n’est pas simple. « Le contexte économique et financier actuel complique les choses, mais la première difficulté, c’est une sorte de schizophrénie réglementaire », souligne Hélène N’diaye. C’est-à-dire le hiatus qui existe entre l’incitation à évoluer vers davantage de produits en unités de compte (UC), moins coûteux en capital, et à préserver en parallèle des allocations prudentes, qui font donc la part belle au fonds en euros. Des impératifs difficiles à réconcilier.  

« Nous sommes passés d’un produit acheté à un produit vendu », ajoute Arthur Chabrol. En clair, il faut désormais convaincre et ne plus se contenter du fonds en euros, qui n’est qu’une brique parmi d’autres dans les allocations. Il faut parvenir à vendre des produits plus complexes, pensés sur un horizon plus long et répondre au besoin de l’épargnant. L’effort de formation des réseaux de distribution doit donc être massif, surtout en France où la culture financière est généralement très faible dans la population en général, et souvent limitée chez les conseillers en gestion de patrimoine.

Partie 2  Des politiques de placement à réinventer 

Où chercher du rendement ? 

Avec un environnement économique très incertain, la sélectivité est de mise. Certains secteurs marchent très bien, souligne Ghislain Périssé, qui cite les technologies ou la santé, par le biais de fonds de private equity. Les infrastructures offrent des perspectives intéressantes, dans une approche de long terme justement. Quant à l’immobilier, il peut receler des opportunités, notamment dans le domaine des maisons de retraite, ou bien même, avec un peu de patience, dans l’hôtellerie, mais exige beaucoup de sélectivité. 

« L’instabilité actuelle invite à modifier sa manière de penser, à élargir ses horizons », ajoute Ghislain Périssé qui attire l’attention, pour des actifs liquides à très court terme, sur les obligations corporate de régions qui traversent mieux la crise de la Covid-19 que l’Europe, et notamment la Chine et certains autres pays d’Asie (Corée du Sud, Singapour…). 

Le FRPS constitue-t-il un moyen de relâcher la contrainte de Solvabilité 2 ? 

Cette opportunité doit être examinée avec discernement, selon Arthur Chabrol. Il s’agit d’un projet assez lourd, qui permet certes un retour à Solvabilité 1 sur le pilier 1 mais conserve le cadre S2 pour les piliers 2 et 3. Son principal intérêt est de constituer une structure dédiée à la retraite, et de permettre une mutualisation des passifs de retraite.  

Partie 3 – Quelle place pour l’investissement durable ?

Quel appétit des investisseurs ? 

Cette question se pose avec une acuité croissante pour les assureurs. Les consommateurs cherchent de plus en plus à donner du sens à leurs achats, y compris dans le domaine des placements, souligne Hélène N’diaye. Les actifs labellisés ISR (Investissement socialement responsable) répondent à cet impératif, à cette prise de conscience. Pour Hélène N’diayeles entreprises qui n’auront pas pris d’engagements responsables, par exemple en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre, subiront une décote, et deviendront des actifs échoués. La réglementation va accompagner cette transition et favoriser la mise en place de nouveaux critères ISR, permettant une meilleure mesure d’impact. La France pourrait prendre l’initiative de proposer un changement des règles de stress tests en incluant la mesure d’impact.

Cette Web conférence a donné lieu à un article dans l’Argus de l’Assurance  

“Placements responsables : comment repenser l’investissement de long terme?”

Quelles performances des fonds ISR ?

Ghislain Périssé souligne que, dans la conjoncture agitée des derniers mois, les fonds ISR se sont mieux comportés que les fonds actions classiques. Au-delà des stratégies d’exclusion actuelles (pas d’investissement dans les secteurs répréhensibles), il prédit la montée en puissance de stratégies d’engagements, qui auront un effet d’émulation sur les entreprises. 

Arthur Chabrol nuance légèrement le constat : la surperformance des actifs ISR n’est pas systématique. Mais les investissements ISR offrent un bon vecteur de diversification. Le label, octroyé par des organismes tiers, est attractif. Il serait intéressant à terme d’y inclure toutes les casses d’actifs et de proposer des fonds ISR par défaut, comme y invite d’ailleurs la loi Pacte de 2019.

Présentation des intervenants 

  • Hélène N’diaye, directrice générale adjointe MAIF – DG MAIF Vie – DG MAIF Solutions financières
  • Arthur Chabrol, Directeur Excellence Technique Vie, DG Aviva France, DG Aviva Vie
  • Ghislain Périssé, Head of Insurance Strategy EMEA chez Schroders