Fonds euros : quel avenir ? quelles alternatives ?

Avec des taux durablement bas et une réglementation renforcée, la structure financière des fonds euros, pilier de l’assurance vie à la française, est fortement perturbée. Le rendement n’a cessé de diminuer. En 2020, les fonds euros ont offert un rendement moyen de 1,10%, contre 1,46% en 2019. Tant que les taux sont bas, le rendement des fonds euros restera peu attractif.

Modification du fonctionnement du fonds euros

Pour faire face à l’impact des taux bas sur la rentabilité du secteur, les compagnies d’assurance ont mis en place des mesures pour modifier le fonctionnement des fonds euros.

Premier type de mesure : freiner la collecte. Generali ou Swiss Life ont ainsi, dès la fin de l’année 2019, diminué les taux de rendement à 1%. Certains acteurs de la place ont prévu de l’abaisser jusqu’à 0,5% à horizon de 3 à 5 ans.

D’autres assureurs jouent sur la garantie du capital. Ainsi Spirica a lancé en juillet 2020 son « Fonds Euro Nouvelle Génération », garantissant le capital entre 97,7% et 98%. Allianz a également proposé sa version avec une « garantie de fidélité », dans le cadre du contrat « Allianz Vie Fidélité » : la participation aux bénéfices provenant des fonds euros est transférée vers des contrats UC modérés et bloquée pendant 5 ans. Le rendement est débloqué au bout de 5 ans, et s’il représente moins de 10% de l’encours du contrat UC, Allianz s’engage à verser la différence à l’assuré pour que le rendement atteigne 10%. En cas de sortie prématurée du contrat (avant 5 ans), le surcroît de rendement est perdu et Allianz reverse cette partie aux autres assurés qui seront restés plus de 5 ans, d’où l’appellation de garantie « fidélité ».

La modulation de la garantie du capital semble être une solution pertinente pour l’assureur – qui garde une marge de manœuvre d’investissement S2 compatible – par rapport à la garantie à échéance. Le demi-succès de l’euro-croissance montre en effet que les Français restent fortement attachés à la liquidité de leurs placements.

Autre solution, plus volontariste : arrêter la commercialisation des fonds euros. C’est ce qu’ont fait Generali pour ses fonds France 2, Euro Innovalia ou Elixence, ou Allianz pour ses contrats Allianz Multi Epargne Vie et Yearling.

En parallèle et de manière consensuelle, les assureurs essaient d’orienter le plus possible les assurés vers d’autres supports comme les Unités de compte (UC) ou les fonds euro-croissance. Certains fonds euros proposent de réinvestir les rendements dans des contrats UC dont le capital n’est rendu disponible qu’à partir d’une certaine durée, avec une perte du capital si l’assuré effectue un retrait avant échéance (sauf conditions particulières).

Ces différentes pratiques montrent la divergence de positionnement qu’il peut y avoir entre les différents acteurs du marché pour limiter la collecte : certains se contentent de modifier le taux de rendement quand d’autres préfèrent toucher à ce qui fait l’essence même des fonds euros.

Le pari de l’eurocroissance ?

Face à des fonds euros dont les rendements sont très faibles et à des UC sensibles à la volatilité boursière, l’euro-croissance entend offrir une troisième voie. A la différence des fonds euros, les fonds eurocroissance proposent une garantie en capital non plus permanente mais à l’échéance. Cette garantie peut être totale ou partielle. Les fonds euro-croissance permettent ainsi une gestion dynamique du capital avec une protection à terme.

La garantie à l’échéance est source de rendement puisqu’elle offre une plus grande marge de manœuvre à l’assureur pour diversifier sa gestion. Un portefeuille de fonds euro-croissance peut ainsi être investi sur des classes d’actifs plus risquées mais plus rémunératrices. Plus la durée de blocage du capital est longue, plus il y a de chances que la performance soit meilleure.

Mais après leur lancement en 2014, les fonds eurocroissance n’ont connu qu’un succès très relatif. En effet, en septembre 2020, ils ne représentaient que 0,1% des 1 750 milliards d’euros placés en assurance vie. Indépendamment de la faiblesse des taux, c’est aussi la complexité du produit, et par conséquent l’effort de formation important qu’il nécessite auprès des agents généraux, réseaux bancaires ou des CGP, qui expliquent son faible succès.

Face à ces débuts difficiles, la loi Pacte, entrée en vigueur au 1er janvier 2020, a mis en place un eurocroissance « nouvelle génération », dans le but de simplifier le produit pour l’assuré (élargissement du champ des fonds éligibles à l’eurocroissance, mise en placement d’un taux de rendement unifié et d’un mécanisme de bonification du rendement). L’objectif des pouvoirs publics est de porter les encours des fonds euro-croissance à 20 milliards à horizon 2022. Quelques assureurs ont misé sur l’eurocroissance V2, à l’image de Spirica, Axa, Generali ou Preparvie. D’autres, comme CNP Assurances ou Aviva, ont au contraire arrêté leur commercialisation.

Le projet de loi de Finances 2021 donne un coup de pouce supplémentaire en prévoyant de supprimer la taxe de 0,32% sur la transformation des fonds euros en fonds eurocroissance, afin d’inciter les transferts des fonds euros vers les fonds eurocroissance.

Une alternative source de diversification et de rendement : les UC

Diversité des sous-jacents

Les contrats UC permettent d’investir sur une grande variété de classes d’actifs : sous-jacents actions, via des ETF, des OPC, des titres vifs ou encore des produits structurés ; non-coté avec le private equity, via les FCPR, FPCI ou FCPI et infrastructures ou immobilier au travers de SCPI, d’OPCI, de SCI ou de foncières cotées. Certains pourront même choisir d’investir dans les matières premières (or, pétrole…) via des trackers.

La nécessité d’orienter l’épargne des assurés vers les UC est aujourd’hui consensuelle. L’enjeu est de faciliter cette transition vers les UC pour des épargnants qui peuvent manquer de repère face à des produits plus complexes et hétérogènes que le fonds euros.

Plus généralement, dans un contexte post Covid-19, comment faire des UC un des fers de lance de la relance économique ? C’est dans cet esprit que la loi Macron puis la loi Pacte ont rendu possible l’investissement dans le non coté via l’assurance vie. Elle est vue comme une classe d’actifs intéressante, faiblement corrélée aux marchés financiers, moins volatile que les actions et plus rémunératrice que les obligations. Les fonds infrastructures permettent notamment d’investir sur diverses thématiques (transports, infrastructures sociales, énergies…). D’une manière plus générale, cette nouvelle classe d’actifs offre la possibilité d’investir dans l’économie réelle, avantage que l’on retrouve également avec la gestion thématique dans l’ISR, qui donne sens à l’épargne aujourd’hui. L’épargnant devient acteur de l’économie via son investissement plutôt que simplement consommateur d’un rendement.

Zoom sur l’ISR

Les fonds à vocation responsable existent depuis plusieurs années. Mais la crise sanitaire a favorisé l’essor de l’ISR et de l’impact investing auprès des investisseurs institutionnels et des particuliers. C’est une véritable vague verte qui déferle sur les marchés avec aujourd’hui plus de 2000 fonds ISR distribués, représentant plus de 1000 milliards d’euros – contre 600 milliards en 2018 – dont un quart est labellisé ISR sur le label français.

L’offre devrait continuer à s’étoffer puisque l’article 72 de la loi Pacte oblige les assureurs à proposer dans leurs contrats d’assurance vie au moins une UC disposant du label ISR, Greenfin ou Solidaire, et ce à partir de 2022. En 2020, 40% des fonds créés sont des fonds ISR.

L’innovation en termes d’offre ISR consiste à produire des supports sur une variété de classes d’actifs avec une déclinaison sur plusieurs thématiques. Certains assureurs tentent même d’aller plus loin en proposant des fonds labellisés ou relevant de la finance solidaire répondant à différents niveaux de risque, en proposant au client une gestion pilotée ESG ou encore un contrat d’assurance-vie responsable qui adopte également une démarche d’intégration ESG sur le fonds euros.

Toutefois, l’offre ISR n’est pas présente sur toutes les classes d’actifs. On la retrouve principalement sur les supports de type OPC ou produits structurés, mais encore très peu sur les ETF, l’immobilier ou le private equity. Le courtier en ligne Nalo a ouvert la voie en proposant des fonds s’appuyant sur des ETF adossés à des indices intégrant les critères ESG, mais l’offre est encore très restreinte chez les assureurs traditionnels. Élargir les gammes ISR à de nouvelles classes d’actifs permettrait à la fois de répondre à la demande des clients mais aussi de diversifier les allocations. La mise en place en juillet 2020 d’un label ISR pour les fonds immobiliers devrait permettre de dynamiser l’offre, en apportant une transparence accrue et un suivi des performances ESG sur les fonds immobiliers.

Si l’ISR insiste sur la variable verte, il n’exclut pas les autres objectifs du développement durable, l’économique et le social. La crise sanitaire de 2020 a favorisé une poussée de ces thématiques. L’exemple du label Relance lancé en novembre 2020 par le gouvernement est à cet égard éloquent. Il permet d’identifier les fonds investissant dans des PME et des ETI cotées ou non, afin de participer à la relance économique. Ce label recense aujourd’hui plus de 100 fonds avec, au 9 décembre 2020, un encours de 10,5 milliards d’euros. Il regroupe des fonds grand public, des fonds institutionnels et des fonds de private equity, et impose de respecter les critères ESG.

Le travail normatif n’est cependant pas terminé. L’enjeu est de pouvoir à terme mesurer, comparer et harmoniser les données ISR/ESG pour permettre aux différents acteurs de l’économie d’avoir une information complète et transparente. La récente publication par l’ESMA de son rapport sur la standardisation des règles de notation extra-financière (ESMA Response to IFRS Foundation Consultation Paper on Sustainability Reporting) devrait apporter plus de clarté pour les investisseurs et permettre à l’ISR de se décliner sur de nouveaux supports.

Adapter l’offre UC aux clients

Différents modes de gestion adaptés au profil de risque des clients

Parmi les différents modes de gestion, la gestion sous mandat connaît aujourd’hui un essor particulier. Auparavant réservée à une clientèle haut de gamme, avec un ticket moyen d’épargne élevé, la gestion sous mandat est désormais proposée dans divers contrats d’assurance vie. C’est un mode de gestion qui séduit les épargnants, rassurés par une gestion sécurisante de leur épargne. La gestion sous mandat constitue donc un argument fort dans le cadre d’une offre UC. Elle peut être intégrée à d’autres modes de gestion au sein d’un même contrat grâce à de la gestion multipoches, qui combine plusieurs modes de gestion : par exemple, une gestion libre et une gestion sous mandat, ou encore plusieurs gestions sous mandat de sociétés de gestion différentes. Celle-ci offre une flexibilité permettant d’adapter son allocation à ses besoins ou à la conjoncture. Elle a notamment été proposée par Intencial, Aviva ou encore Altaprofits.

Point d’attention : des frais de gestion supplémentaires qui peuvent freiner les épargnants. Ces frais peuvent atteindre 1%, et s’ajoutent aux frais des fonds proposés dans les contrats.

Du point de vue des types de gestion, c’est la gestion thématique qui est aujourd’hui en vogue. Les fonds thématiques ont bénéficié en 2020 d’une forte collecte et affichent une très bonne performance.

Dans leur offre, les assureurs doivent miser sur la complémentarité des modes de gestion afin d’accompagner et rassurer les clients face à des produits qui peuvent s’avérer plus complexes et plus risqués. C’est tout l’avantage de la gestion sous mandat, de la gestion pilotée ou de la gestion à horizon (la loi Pacte en fait d’ailleurs le mode de gestion par défaut du PER nouvelle génération) qui offrent une personnalisation accrue et un conseil professionnel, contrairement à la gestion libre qui a longtemps été très hégémonique sur le marché. Cela impose nécessairement de repenser le business model du point de vue des frais de gestion afin de rester compétitif.

Développer la culture financière des épargnants et l’expertise des conseillers

Les UC sont des produits complexes faisant appel à des notions techniques qui doivent être expliquées à l’assuré. Longtemps assimilées à tort aux actions, les UC permettent de diversifier le risque. Il faudra alors expliquer aux clients ce qu’est un produit structuré, ce que signifie l’ISR, en quoi diversifier est source de rendement etc.

Cet effort devra également concerner les conseillers et les agents de distribution pour qu’ils puissent proposer aux clients un conseil éclairé. Certains assureurs créent en interne des structures d’accompagnement pour les clients sur des sujets financiers et patrimoniaux.

Une refonte de l’écosystème de l’assurance vie

La remise en question de la place du fonds euros s’ajoute à des tendances de fond telles que la digitalisation de l’expérience client ou la démocratisation du haut de gamme, ce qui incite les assureurs à transformer leurs organisations et à mettre en place de nouveaux processus. La crise sanitaire a accéléré ces évolutions, notamment en matière digitale. Reste maintenant à ancrer ces pratiques dans la durée et à conserver cet équilibre « phygital ».

Le paysage concurrentiel de l’assurance vie a changé. Les assureurs doivent fonctionner en architecture ouverte, non pas seulement sur la partie référencement des supports, mais aussi sur leur capacité à créer des offres partenariales avec des assets managers, des fintechs ou à distribuer de manière omnicanale (plateformisation de la distribution).

Développer son offre en créant des partenariats différenciants avec des Asset managers ou des structures dédiées en interne

Les assets managers, qui jouent un rôle central dans la conception des produits, sont des partenaires privilégiés pour proposer aux clients une gamme de fonds diversifiée couplée à différents modes de gestion.

Certains assureurs ont fait le choix de transformer leur structure organisationnelle interne en créant leur propre société de gestion ou plateforme innovante. C’est ce qu’a fait Generali Vie avec la création de Generali Wealth Solutions (GWS), plateforme de gestion financière et patrimoniale à destination de ses réseaux de distribution et de ses clients. GWS propose des services d’ingénierie financière, afin de permettre à ses clients d’accéder à divers produits et services (gestion pilotée, gestion sous mandat, fonds dédiés, produits structurés), mais aussi d’ingénierie patrimoniale (conseil fiscal, transmission de patrimoine). Elle développe ainsi une approche globale de la gestion de patrimoine, en réunissant en une seule entité des services d’acteurs divers (banques privées, CGP). CNP Assurances a de son côté créé ICP, une structure dédiée à l’ingénierie patrimoniale et à la structuration des unités de compte sur de nouvelles classes d’actifs, au service de l’ensemble des réseaux CNP Assurances.

Par ailleurs, de plus en plus d’assureurs proposent des contrats UC « clean share » (Vie Plus et Scala Patrimoine, Generali et Ritchee…). Ces UC remettent en cause le business model de l’assurance vie. Ce sont des contrats pour lesquels aucune rétrocession de commission sur les supports financiers choisis dans le contrat n’est versée à l’intermédiaire. La rémunération provient des frais de gestion et de services additionnels payants (services de conseil en visio, bilan patrimonial et retraite, conseil fiscal…).

Proposer des services alternatifs et simplifier le parcours client par des partenariats avec des acteurs du digital

L’assurance ne se vend plus comme avant. La révolution digitale a bouleversé les pratiques, plaçant au centre de l’attention l’expérience client, dont les maîtres-mots sont fluidité, simplicité et transparence.

Pour beaucoup, l’expérience de consommation doit être recentrée non plus sur le produit mais sur le client, via la proposition de services simples, et une digitalisation qui s’étend sur tous les jalons du parcours client : souscription rapide avec un minimum de clics, signature électronique, entretien à distance avec son conseiller, visualisation et transmission de documents via une plateforme pédagogique et intuitive. Le besoin est encore plus prononcé chez la clientèle des Millenials, qui sont plus enclins à souscrire des assurances auprès des nouveaux acteurs (Gafa, néoassurances).

Les assureurs doivent s’approprier ces pratiques grâce à des partenariats différenciants incluant de l’humain et du conseil. Ces partenariats n’ont pas manqué pendant la crise, avec par exemple l’accord entre Swiss Re et Hitachi, Generali et Cashbee, ou encore entre Generali et Ritchee. La fintech Particeep, qui a noué des partenariats avec Cardif et Hiscox notamment, propose une plateforme API de référencement et de distribution des contrats d’assurance de ses partenaires. L’open insurance offre la possibilité aux assureurs d’adopter une stratégie omnicanale et d’étoffer leurs réseaux de distribution.

Ces nouvelles tendances ouvrent par ailleurs la voie à la proposition par les assureurs de services additionnels, comme les robo-advisors, l’agrégation patrimoniale ou l’agrégation bancaire. L’assurtech Widmee propose par exemple une solution d’agrégation de comptes bancaires au sein d’une même interface. C’est l’opportunité pour les assureurs d’exploiter ces données bancaires pour établir des recommandations adaptées à leurs assurés et potentiellement favoriser les transferts vers leurs produits.

Benchmark : quel robo-advisor pour accompagner votre développement UC ?

Aujourd’hui, la tendance est à une démocratisation des services haut de gamme à une clientèle plus mass market. Dans beaucoup de contrats, et notamment dans ceux proposés par des fintechs et assurtechs comme Mon Petit Placement ou Cashbee, le client bénéficie, après avoir un rempli un questionnaire, d’une allocation adaptée à son profil de risque, ses objectifs et ses contraintes, et ce pour un ticket d’entrée abaissé. Des services auparavant réservés à la clientèle des banques privées sont désormais accessibles sur smartphone.

Reste à savoir si ces nouveaux services permettent un business model durable.

Conclusion

Dans un environnement de taux bas et de réglementation renforcée, le constat est sans appel : les contrats d’assurance vie ne peuvent plus reposer uniquement sur les fonds euros. Les assureurs doivent tout mettre en œuvre pour orienter la collecte vers des produits plus diversifiés, comme l’eurocroissance ou les UC. Ceux-ci permettent d’aller chercher du rendement dans des supports financiers innovants, et rattachés à des thématiques concrètes. Dans le même temps, le modèle de l’assurance vie doit être repensé du point de vue des services. Les fintechs et assurtechs ouvrent de nouvelles propositions de valeur, notamment en matière de digitalisation du parcours client, de conseil et de combinaison de modes de gestion. L’émergence de ce nouveau modèle repose sur un cadre fiscal stable. Une remise en question des avantages fiscaux de l’assurance vie, notamment en matière de droits de succession, imposerait une révision beaucoup plus profonde encore du modèle français en la matière.